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ille euros la paire. C’est le prix affiché sur les nouvelles tongs griffées The Row, la marque ultraluxe des sœurs Olsen. Mille euros pour deux semelles et un morceau de cuir entre les orteils. Comme elle l’avait déjà fait avec les chaussons de spa ou les sandales de randonnée, la griffe américaine a transformé un objet banal en accessoire de luxe. « Impossible aujourd’hui d’ouvrir un magazine de mode sans tomber sur une paire de tongs. J’appelle cela l’effet The Row », pouvait-on lire récemment dans la publication en ligne The Cut.
Tout a vraiment commencé l’été dernier : leur modèle Dune, à la semelle en caoutchouc, vendu 780 euros, a été qualifié de « it-shoe » et de « hottest product » de l’été par la presse. Les célébrités Kendall Jenner, Jennifer Lawrence ou encore Zoë Kravitz ont toutes été paparazzées avec ces tongs aux pieds. Du New York Times aux comptes les plus pointus de la plateforme de newsletters Substack, tout le monde s’est alors emparé du sujet : cette folie à trois chiffres méritait-elle vraiment son prix ?
Le New York Times, dans un article intitulé « Que faut-il penser de ces tongs à 690 dollars ? », organisait le débat, faisant dialoguer plusieurs reporters de sa rubrique Styles. Et notait au passage que ces chaussures particulièrement « clivantes » s’étaient rapidement retrouvées en rupture de stock. Ainsi, une journaliste raconte être restée bouche bée en découvrant pour la première fois l’étiquette avec le prix : « Ça m’a dégoûtée. » Son collègue nuance aussitôt : après des années à couvrir ce secteur, ça ne le choque même plus. « A l’ère où Miu Miu vend des New Balance à plus de 1 000 dollars, pourquoi s’indigner du prix d’une paire de tongs ? »
Semelle intérieure rembourrée en peau de chèvre
Justement, lui répond-on : parce qu’il est impossible de prétendre qu’elle « vaut » vraiment cette somme, alors qu’« avec des mocassins ou des bottes, on peut toujours invoquer la durabilité. » Pour une tong, l’argument s’effondre. « Les Havaianas coûtent 30 dollars ! », s’exclame une participante au débat. « Je pense que nous sous-estimons peut-être l’ampleur réelle de la richesse dans ce pays. Si ces tongs à 690 dollars existent, c’est tout simplement parce qu’il existe aussi une clientèle prête à les acheter », conclut un autre, se faisant taxer de nihilisme.
Poursuivant sur sa lancée, la marque a dévoilé cette année un nouveau modèle tout aussi minimaliste à 1 040 euros avec une semelle intérieure rembourrée en peau de chèvre. Le magazine Wallpaper explique que la tendance s’est exportée dans d’autres marques : de Balenciaga à Prada, en passant par Auralee – avec des prix compris entre 400 et 800 euros. Reste la réalité du quotidien.
Dans son article, The Cut posait la question : « Comment porter des tongs en ville ? » En effet, qui a vraiment envie de mettre ses pieds à portée de trottoir, entre les flaques mystérieuses et le risque de se faire écraser les orteils ? Mais peut-être est-ce là le vrai luxe : ne pas avoir à marcher. La tong à 1 000 euros n’est pas faite pour affronter la ville. Elle est plutôt adaptée à une sortie en mer, sur le pont d’un yacht.